"Écrire en pays dominé, Volet 1"

Nous sommes de ceux qui disent non à l’ombre

«

« Taisez-vous
Vous ai-je ou non dit qu’il vous fallait parler français 
Le français de France
Le français du français
Le français français. »

 

Léon-Gontran Damas, extrait du spectacle 

Ce premier volet, Nous sommes de ceux qui disent non à l’ombre, est une traversée poétique, politique et musicale des courants de la négritude et de la créolité. Cinq comédiens s’emparent de ces questions pour penser l’altérité et sa mise à mal dans le monde d’aujourd’hui.

Petite fille de juifs pieds-noirs et d’immigrés turcs, j’ai grandi avec plusieurs langues. Chez ma mère on parlait arabe, chez mon père le ladino, le judéo- espagnol. J’ai eu des langues maternelles multiples. Dans les deux cas, par souci d’intégration, nous avons commencé à tuer ces langues. Il fallait taire les sons étrangers à la nation qui les avait accueillis, mais sans y parvenir en entièrement. Donc, on ne les parlait plus que dans l’intime, puis de moins en moins. C’est seulement les traces des langues qui furent transmises. Aujourd’hui, l’arabe et le ladino parsèment nos phrases. Mon français est troué, contaminé, métissé : il est créolisé.

Nous avons gardé la crème de la crème – les meilleurs mots, les meilleurs sons, les meilleures expressions, que nous mêlons au français. Je parle une langue à la croisée des trois routes : français, arabe, ladino, comprise que de nous seuls. C’est un créole qui n’existe nulle part ailleurs.

Ce projet célèbre tous les créoles du monde. Toutes les identités-rhizomes qui fondent aujourd’hui le Tout-Monde. C’est un manifeste des poétiques, et pas seulement de celles que l’on connaît. Surtout même des inconnues. Parce que nous refusons la langue unique, la langue dominante.

Ce spectacle est une esquisse des imaginaires de l’humanité pour y dessiner nos créolisations.

Margaux Eskenazi,
Mars 2017

Distribution

Mise en scène Margaux Eskenazi
Montage et conception Alice Carré et Margaux Eskenazi
D’après les textes d’Aimé Césaire, Léon-Gontran Damas, Léopold Sédar Senghor, Langston Hugues, Louis Aragon, Patrick Chamoiseau, Edouard Glissant, Léonora Miano (L’Arche est éditeur et agent théâtral du texte représenté), Alice Carré et Margaux Eskenazi

Dramaturgie Alice Carré

Lumières Mariam Rency

Chorégraphie Marie-Laure Caradec

Son Jonathan Martin

Costumes Sarah Lazaro

Avec Armelle Abibou, Yannick Morzelle, Raphael Naasz, Christophe Ntakabanyura, Eva Rami
Production La Compagnie Nova et FAB – Fabriqué à Belleville et avec le soutien du Théâtre de Belleville
Avec le soutien du CENTQUATRE-PARIS, d’Arcadi Ile-de-France, du Ministère des Outre-mer, du Théâtre de la Tempête, de Lilas en Scène, de Mains d’Œuvres. Ce spectacle a bénéficié de l’aide à l’écriture « Mise en Scène » de l’association Beaumarchais-SACD. Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National.

Crédits photos ©Loïc Nys

Revue de presse